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CHAMBORD, L'ÉNIGME DE FRANÇOIS IER

Réalisé par : Sabine Quindou Diffusion : 8 août 2004 / France 5 / 51'

Six septembre 1516, c’est la date inscrite sur le parchemin royal portant ordre de construire un « bel et somptueux édifice » sur les terres du comté de Blois. C’est aussi la date à laquelle commence l’histoire du mystère de Chambord. 

Chambord. Le plus grand et le plus intrigant des châteaux du Val de Loire. A la fois immense et immensément vide. Un édifice au tuffeau resplendissant, couronné d’une sombre forêt de toits, tourelles et cheminées. Chambord est tout à la fois le dernier des châteaux gothiques et le premier palais de la Renaissance française, un château fort édifié sur le même plan que celui de Vincennes mais avec le souci de la symétrie et de la proportion cher à Vitruve, architecte latin du 1er siècle de notre ère, dont les traités ont été redécouverts et traduits à Florence au XVème siècle. Chambord est aussi et sans nul doute avant tout, l’œuvre d’un roi, François 1er (1515-1547)En cette première moitié du siècle, que les historiens ont qualifié de « Beau XVIème Siècle », avant l’explosion des guerres de religion et la décadence de la dynastie des Valois, François 1er, comme son château, incarne une synthèse. Il est le dernier des rois- chevaliers et le premier prince français Renaissant.

De tous temps, Chambord a suscité contes et légendes. Les contemporains le comparaient à la Jérusalem céleste décrite dans l’Apocalypse de saint Jean, une cité en carré, ouverte sur les quatre directions cardinales. Rabelais, écrivain originaire de Tours, bienvenue à la cour, en a fait le modèle de son abbaye de Thélème, siège d’une société utopique au sein de laquelle se réfugient Gargantua et Pantagruel…

Derrière la légende, le mystère ! Les historiens, à leur tour, se sont penchés sur Chambord. Les interrogations foisonnent. Pourquoi un si « bel et somptueux édifice » a-t-il été construit au beau milieu des marécages de Sologne, loin des centres urbains ? Le chantier, à l’époque, ne compte qu’un seul rival, celui de la basilique saint- Pierre de Rome. Pourtant, malgré l’ampleur et le coût des travaux, François 1er, en 32 ans de règne, ne séjourne à Chambord que

72 jours !  Pourquoi entreprendre et poursuivre un si inutile projet ? Qui a dessiné les plans ? L’ombre du génial Léonard de Vinci, celui que François appelait « mon père », plane sur Chambord. Mais les preuves, historiques et scientifiques, font défaut. Pourquoi la façade principale de ce château qui aspire à la perfection n’est-elle pas symétrique ? Pourquoi ces repentirs, ces errements dans la construction, que l’on observe un peu partout pour qui veut bien prendre la peine de regarder Chambord d’un peu près ?

Pour être un jour capable de réaliser des histoires d’aujourd’hui, j’ai voulu comprendre celles d’hier et j’ai entamé des études universitaires d’histoire. Spécialisée en histoire contemporaine, j’ai par la suite continué à remonter le cours du temps jusqu’à cette Renaissance qui présente tant de points communs avec notre siècle. Nous avons ouvert la voie de l’exploration spatiale, ils ont découvert le Nouveau monde. Nous communiquons avec le monde entier via internet, câble et satellite. Ils ont inventé l’imprimerie et initié la grande circulation des idées. Nous sommes conscients de la révolution technologique qui vient de faire faire un bond à l’humanité, ils disaient qu’ils « égalaient les Anciens des antiques Grèce et Rome ». Nous avons peur des moyens de destruction que nous avons mis en place et des tensions terroristes internationales. Ils ont prêché l’humanisme, mais en vain, pour empêcher l’Europe de sombrer dans l’horreur des guerres de religion.

Regarder ce « Beau XVIème Siècle » à travers la figure du roi François, à travers les blanches pierres de son château, c’est donc aussi s’interroger sur notre époque.