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FA’A’AMU, LES ENFANTS CONFIÉS DE POLYNÉSIE

Réalisé par : Jacques Navarro-Rovira Diffusion : 23 mai 2019 / France Ô / 52'

La tradition du fa’a’amura’a est profondément ancrée dans les mœurs polynésiennes. Il s’agit du don d’enfant à d’autres membres de sa propre famille, à des amis ou encore à une autre famille. Mais un don sans coupure avec la famille biologique de l’enfant.

Cette coutume présente dans les archipels polynésiens depuis des siècles était courante. L’enfant pouvait faire l’objet d’un « don » à une tribu victorieuse, ou bien tout simplement être confié à une famille pouvant mieux assurer sa subsistance. Dans les deux cas, l’enfant n’est jamais arraché à ses parents biologiques. Il conserve un lien avec eux et fait la différence entre sa famille d’origine et sa famille fa’a’amu.

Si, dans la plupart des cas, l’accueil de ces enfants entre familles polynésiennes se passe bien, elle peut étonner, voire choquer des Européens habitués à l’adoption qui coupe toute relation avec la famille biologique de l’enfant. La pratique du fa’a’amura’a peut alors poser un problème dès lors qu’elle se heurte à la législation française, qui s’applique en Polynésie malgré l’autonomie politique de cette collectivité d’Outre-mer. Ainsi, la question du statut des enfants, des droits de succession est au cœur des débats et remettent en cause la tradition du fa’a’amura.

Pourtant, soucieuse de préserver une culture ancestrale, la France n’a jamais interdit cette pratique à laquelle encore des familles polynésiennes ont recours. Cette adoption coutumière a même été intégrée au régime particulier des adoptions en Polynésie par des Métropolitains, mais elle oblige les institutions à conduire une enquête avant tout acte de consentement d’adoption et à empêcher la circulation d’enfants de moins de deux ans.

Malgré ces précautions, des associations comme SAGA se sont engagées sur place pour protéger les enfants rejetés ou abandonnés qui n’ont pas réussi leur fa’a’amu d’une part, et d’autre part pour encadrer les adoptions d’enfants polynésiens par des parents étrangers, en veillant à ce qu’aucune pression, aucun abus ne soit exercé sur une mère polynésienne enceinte, par exemple.

À travers les portraits croisés de familles, ce film nous immerge dans la complexité de ce phénomène de société. Un regard bienveillant qui pose aussi la question des traditions confrontées au monde moderne et à ses exigences.