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NOS PRAIRIES VALENT DE L'OR

Réalisé par : Leni MÉRAT Diffusion : dimanche 18 octobre 2020 / France 5 / 52'

Coquelicot, trèfle, lotier, et fleur des champs…Abeilles qui butinent et insectes qui bourdonnent… vaches et moutons broutant une herbe tendre et riche en nutriments…. Un tableau bucolique banal pourtant aujourd’hui en voie de disparition.

Les prairies naturelles, celles qui poussent à l’état sauvage, sans pesticides ni intervention de l’homme, perdent chaque jour du terrain. Elles sont trop souvent remplacées par des prairies artificielles, plantées pour faire du fourrage, et très pauvres en biodiversité… quand elles ne laissent pas leur place à des champs de monoculture.

 Mais face à cette disparition d’un paysage ancestral et surtout de sa flore et de sa faune, la résistance s’organise.

 Aux quatre coins de la France, nous sommes allés à la rencontre d’hommes et de femmes, défenseurs de la prairie naturelle, déterminés à travailler en accord avec la nature, et pas contre elle. Eleveurs, agriculteurs ou encore chef cuisinier, ils font perdurer des techniques anciennes, respectueuses de la nature et productrices de richesses, allant même parfois à l’encontre de toute logique d’agriculture industrielle, suivant leur instinct et leur bon sens, et avec succès ! 

 « S’il n’y a plus de prairies, il n’y a plus de vie ».  Pour Stéphane Naudé, éleveur de vaches en Lorraine, c’est sans appel. Chez lui, pas de labour, pas de pesticides : il fait vieillir ses prairies comme d’autres font vieillir du bon vin. Car ces prairies sont un pâturage inestimable pour les animaux. Riches en diversité de plantes, elles nourrissent les bêtes et les soignent. Autre conséquence non négligeable : dans ces pâturages bordés de haies, les insectes et les oiseaux sont revenus... Militant convaincu de la prairie, Stéphane participe même au jury d’un concours national pas comme les autres : le concours de prairies fleuries.

 Dans les Vosges, Clément est paysan-herboriste. Chaque année, il fait partie des 55 cueilleurs autorisés à ramasser l’arnica, une fleur de montagne convoitée par tous les laboratoires pharmaceutiques pour ses propriétés anti-inflammatoires. Quasiment disparue des massifs français, les Vosges sont le seul endroit en France où l’arnica pousse encore dans les chaumes, les prairies d’altitude, sauvée par une convention signée entre cueilleurs et agriculteurs pour limiter les fertilisants, désastreux pour la fleur.

 Dans le Luberon, Edouard Loubet, chef doublement étoilé, fait son marché quotidien dans les prairies. Ce botaniste autodidacte et insatiable cueille et cuisine avec gourmandise coquelicots, sauge sclarée, chicorée, et autres délices des champs. Selon lui, les fleurs les plus savoureuses sont souvent celles qui poussent au gré du vent, dans les terrains en jachère, ou même sur les talus de bord de chemin.

 Enfin, dans le sud de la France pousse le foin le plus cher au monde : le foin de Crau. Les Escoffier, producteurs de foin de Crau depuis 3 générations, irriguent des prairies centenaires dans l’une des dernières steppes arides d’Europe, grâce à un système de canaux qui date du 16ème siècle !  Des oasis de verdure au milieu du désert qui donnent naissance à des plantes ultra vitaminées destinées à nourrir les meilleurs chevaux de course au monde.

 Tous ces défenseurs de la prairie naturelle ont compris qu’elles étaient des passerelles incontournables entre l’agriculture et l’écologie, et que les respecter était loin d’être un retour en arrière mais bien une vision de l’avenir. Ou comme le dit Clément l’herboriste vosgien : « On industrialise la nature beaucoup aujourd’hui, on veut la mettre dans une boîte. On a cru à un miracle, mais c’est un mirage et il va bien falloir s’y remettre ! »